L’ingénieur EDF devenu coach en respiration aux JO de Paris

Reconversion professionnelle, L’ingénieur EDF devenu coach en respiration aux JO de Paris

Le paradoxe de l’excellence épuisée

Reconversion professionnelle, L’ingénieur EDF devenu coach en respiration aux JO de Paris

Il existe un profil qu’on rencontre souvent chez écopreneur : celui qui a tout réussi sur le papier mais qui se réveille vidé. Le diplôme prestigieux, le CDI dans un grand groupe, l’appartement bien placé, les perspectives d’évolution. Et pourtant, cette sensation diffuse que quelque chose manque. Que toute cette énergie investie dans la bonne direction selon les critères extérieurs ne mène nulle part selon les critères intérieurs.

Ce paradoxe mérite qu’on s’y attarde parce qu’il révèle une faille dans notre conception collective de la réussite. On nous apprend à accumuler des compétences, des titres, des responsabilités. Personne ne nous apprend à vérifier si la direction choisie correspond à ce que nous sommes. Résultat : des gens brillants qui s’épuisent à exceller dans des domaines qui ne les nourrissent pas.

Leonardo Pelagotti incarnait parfaitement ce profil. Double diplôme d’ingénieur, thèse en énergie solaire, poste chez EDF avec des missions internationales, appartement dans le cinquième arrondissement. Quinze ans de gymnastique artistique au niveau national derrière lui, une centaine de tournois de kung-fu, du yoga, du triathlon. Si l’effort et la discipline avaient suffi, il aurait dû rayonner. Au lieu de ça, il était stressé, inflammé, avec des crises d’arthrose à vingt ans et des matins où se lever relevait de l’exploit.

Ce qui rend son cas intéressant, ce n’est pas tant sa reconversion que ce qu’elle révèle sur les limites de la volonté pure. On peut s’entraîner quatre heures par jour, maîtriser son domaine, gravir les échelons, et passer complètement à côté de l’essentiel. Toute l’énergie du monde, investie dans la mauvaise direction, ne produit que de l’épuisement.

Saisir le moment qui passe

Les Grecs anciens distinguaient plusieurs types de temps. Chronos, le temps linéaire qui s’écoule mécaniquement. Et Kairos, le moment opportun, celui qu’il faut attraper quand il se présente sous peine de le voir disparaître. Kairos était représenté comme un dieu qui passe très vite, avec une longue mèche de cheveux à l’avant qu’on peut saisir, mais chauve à l’arrière : une fois qu’il est passé, plus rien à attraper.

Cette distinction éclaire un aspect souvent négligé des reconversions réussies. Elles ne résultent pas toujours d’une planification méticuleuse. Parfois, elles naissent d’un moment précis où quelque chose s’ouvre et où l’on choisit de s’y engouffrer plutôt que de laisser passer.

Pour Leonardo, ce moment est arrivé sur une plage d’Islande, face à une mer noire à cinq degrés. Aucune raison rationnelle de se mettre à l’eau. Et pourtant, une impulsion. En sortant, les bras levés, il s’est senti vivant pour la première fois depuis longtemps. La question qui a suivi a tout déclenché : comment est-il possible que je doive risquer ma vie pour me sentir vivant ?

Ce qui a fait la différence, ce n’est pas l’expérience elle-même. Des milliers de gens se baignent dans des eaux froides sans que ça change leur vie. C’est ce qu’il en a fait ensuite. Acheter le livre de Wim Hof le soir même. Le lire. Aller se former en Pologne et en Hollande. Chaque décision découlant de la précédente, sans attendre d’avoir toutes les réponses.

Il y a là un enseignement pour quiconque sent qu’un changement serait nécessaire mais repousse toujours au moment où les conditions seront réunies. Les conditions parfaites n’arrivent jamais. Ce qui arrive, ce sont des fenêtres d’opportunité qu’on saisit ou qu’on laisse passer. Leonardo dit lui-même avoir raté Kairos de nombreuses fois avant celle-là. Avec des emplois, des relations, des choix universitaires. Cette fois, il l’a attrapé.

La transition progressive comme stratégie de réduction du risque

L’image romantique de l’entrepreneur qui démissionne un lundi matin pour suivre sa passion fait de belles histoires. Elle fait aussi beaucoup de dégâts chez ceux qui sautent sans filet et se retrouvent au bout de six mois sans revenus et sans recours.

Il existe une autre voie, moins spectaculaire mais plus solide : construire le nouveau pendant qu’on est encore porté par l’ancien. C’est ce qu’a fait Leonardo pendant plusieurs années. Ingénieur la semaine, instructeur Wim Hof le week-end. Ses collègues ne comprenaient pas vraiment cette double vie. Sur son bureau traînait une image de Mr Freeze qui ne cadrait pas avec l’environnement corporate d’EDF. Mais cette période lui a permis de tester son projet, d’affiner sa pédagogie, de constituer une première communauté, sans la pression financière qui paralyse tant de vocations naissantes.

Cette approche présente un avantage rarement mentionné : elle permet de valider que la nouvelle voie correspond vraiment à ce qu’on cherche. L’enthousiasme initial pour une idée de reconversion ne garantit pas qu’on s’y épanouira une fois dedans. En testant sur la durée, en conditions réelles mais sans risque existentiel, on découvre si le désir résiste à l’épreuve du quotidien.

Elle offre aussi le temps d’acquérir ce qui manque. Leonardo ne savait pas communiquer, pas créer de contenu vidéo, pas structurer une offre commerciale. Ces compétences se sont construites progressivement, à travers l’expérience, sans la pression de devoir tout maîtriser immédiatement pour survivre.

La légitimité par le parcours plutôt que par le diplôme

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Leonardo Pelagotti, fondateur d’Inspire
Crédit photo : inspire-potential.com

Une objection revient systématiquement chez ceux qui envisagent de transmettre ce qu’ils ont appris : qui suis-je pour enseigner ? Je n’ai pas de diplôme dans ce domaine. Je ne suis pas expert. D’autres sont plus qualifiés que moi. Et oui, ce syndrôme de l’imposteur bien connu

Cette objection repose sur une conception de la légitimité héritée du système scolaire : on apprend d’abord, on obtient un titre qui certifie le savoir, puis on est autorisé à transmettre. Dans de nombreux domaines, particulièrement ceux liés à la transformation personnelle, cette logique est inversée. Ce qui crédibilise, ce n’est pas le diplôme accroché au mur, c’est le chemin parcouru et la capacité à accompagner d’autres sur ce chemin.

Leonardo cumulait les handicaps apparents. Ingénieur, pas thérapeute. Italien, pas nordique. Stressé chronique, pas maître zen.

Allergique et tendance asthmatique, pas champion d’apnée. Vu sous cet angle, il n’avait aucune légitimité à enseigner la gestion du stress par la respiration et le froid.

Vu autrement, il avait la légitimité la plus précieuse qui soit : celle de quelqu’un qui a traversé exactement ce que traversent ceux qu’il accompagne. Qui connaît intimement les obstacles parce qu’il s’y est cogné. Qui peut dire avec authenticité : j’étais là où vous êtes, et voici ce qui m’a permis d’en sortir.

Cette légitimité par le parcours n’est pas inférieure à la légitimité académique. Elle est différente, et souvent plus puissante pour créer la confiance. Les gens qui cherchent à changer ne veulent pas des théoriciens. Ils veulent des guides qui ont fait le voyage avant eux.

Écouter avant de construire

L’erreur classique de l’entrepreneur débutant consiste à imaginer ce que les gens veulent puis à le construire. Des mois de travail sur un produit ou un service qui, une fois lancé, ne rencontre personne. Le marché n’existait que dans la tête de celui qui l’avait imaginé.

L’approche inverse, plus humble et plus efficace, consiste à écouter d’abord et à construire ensuite. À laisser émerger les besoins plutôt qu’à les supposer. À répondre à des demandes explicites plutôt qu’à des projections personnelles.

L’exemple du premier livre de Leonardo illustre cette logique. Une participante de 72 ans, venue à ses cours avec une canne et qui a fini par gravir des montagnes, lui a demandé s’il pouvait lui écrire les exercices. Elle n’arrivait pas à s’en souvenir chez elle. Il a rédigé quelques pages. D’autres ont fait la même demande. Le document s’est étoffé, nourri des retours de ceux qui l’utilisaient. Il est devenu un livre vendu à près de 20 000 exemplaires.

Même processus pour les formations vidéo. Des participants ont dit préférer suivre une vidéo que lire un livre. Il a créé des formations en ligne. Chaque produit est né d’une demande formulée, pas d’une supposition.

Cette approche élimine presque entièrement le risque de construire quelque chose dont personne ne veut. Quand l’offre répond à une demande exprimée par les clients eux-mêmes, la question du marché ne se pose plus. Il existe déjà.

La spécialisation comme avantage concurrentiel

Face à l’immensité des savoirs disponibles dans le domaine du bien-être, la tentation est grande de vouloir tout apprendre et tout proposer. Yoga et méditation et coaching et nutrition et développement personnel. Cette dispersion rassure : plus on offre de choses, plus on a de chances de trouver des clients.

En réalité, elle dilue le message et complique le positionnement. Quand on fait tout, on n’est excellent en rien. Quand on est excellent dans une niche précise, on devient la référence vers laquelle on se tourne naturellement.

Leonardo a fait le choix de se spécialiser profondément sur deux méthodes : la respiration et l’exposition au froid. Pas sur le bien-être en général. Pas sur la gestion du stress au sens large. Sur ces deux pratiques spécifiques, explorées en profondeur, maîtrisées dans leurs nuances, transmises avec une expertise que la polyvalence n’aurait jamais permise.

Cette spécialisation lui a ouvert des portes inattendues. Devenir le référent français et italien pour ces méthodes. Accompagner des athlètes de haut niveau. Participer aux Jeux Olympiques de Paris 2024 en tant que coach. Des opportunités qui ne se seraient jamais présentées à un généraliste du bien-être parmi des milliers d’autres.

Pour quelqu’un qui démarre, cette stratégie de niche demande un certain courage. Renoncer à des clients potentiels qui cherchent autre chose. Assumer de ne pas savoir répondre à certaines demandes. Mais ce renoncement crée la clarté qui attire ceux pour qui l’offre correspond exactement à ce qu’ils cherchent.

Documenter pour construire sur la durée

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Crédit photo : inspire-potential.com

La création de contenu régulier est souvent présentée comme une technique marketing. Publier pour être visible, pour nourrir les algorithmes, pour générer des leads. Cette vision utilitariste manque l’essentiel de ce que produit la documentation systématique d’un parcours.

Leonardo a commencé à publier des vidéos en 2017. Sa première mise en ligne lui a pris trois jours. Il ne savait pas comment faire, n’avait jamais créé de contenu de sa vie. 

Ce qui s’est construit au fil de ces années dépasse largement la visibilité. C’est une archive vivante de son évolution, qui témoigne de l’authenticité de son parcours. C’est une bibliothèque de ressources gratuites qui permet à des milliers de personnes de découvrir ses méthodes avant de s’engager. C’est une démonstration continue de sa compétence, plus convaincante que n’importe quel diplôme.

Cette approche ne demande pas d’investissement financier. Un smartphone suffit. Les plateformes sont gratuites. Le seul investissement réel est le temps et la régularité. Mais cet investissement, cumulé sur plusieurs années, produit des résultats que l’argent seul ne peut pas acheter. Une crédibilité bâtie pierre après pierre. Une communauté qui grandit organiquement. Une présence qui ne dépend pas des budgets publicitaires.

Choisir son lieu de vie comme acte entrepreneurial

Un aspect souvent négligé des reconversions concerne l’environnement dans lequel on choisit de vivre. La question du lieu est traitée comme secondaire, une variable d’ajustement qu’on règle une fois le projet lancé. C’est une erreur.

Le lieu où l’on vit influence ce qu’on peut créer, comment on travaille, le message qu’on envoie. Il y a une incohérence fondamentale à enseigner la reconnexion à la nature depuis un bureau parisien. À parler d’authenticité et d’alignement dans un environnement qui contredit ces valeurs.

Leonardo a quitté son appartement de 18 mètres carrés dans le cinquième arrondissement pour un chalet dans le Cantal, à 1 100 mètres d’altitude, avec deux voisins. Ce choix n’était pas une fuite. C’était un acte de cohérence. Comment guider des gens dans des lacs gelés et des cascades de montagne en vivant dans une métropole ? Le déménagement a aligné son mode de vie avec ce qu’il transmet.

Pour quiconque envisage une activité liée à la nature, à l’artisanat, à l’alimentation durable, cette réflexion mérite d’être intégrée dès le départ. Parfois, changer de métier implique de changer de territoire. Et ce changement de territoire n’est pas un sacrifice. C’est une condition de possibilité.

L’écologie intérieure comme prérequis à l’écologie planétaire

Il existe une tension apparente entre « prendre soin de soi » et « agir pour le monde ». D’un côté, le développement personnel, souvent critiqué comme repli narcissique. De l’autre, l’engagement écologique, parfois vécu sur le mode du sacrifice et de l’épuisement militant.

Leonardo articule ces deux dimensions à travers ce qu’il appelle « l’écologie interne ». L’idée est simple : on ne peut pas construire une société plus harmonieuse avec des individus stressés, déconnectés de leur corps, épuisés et anxieux. La transformation du monde passe par une transformation des personnes qui le composent.

Cette perspective réconcilie des aspirations souvent vécues comme contradictoires. Prendre soin de son équilibre n’est pas un luxe égoïste. C’est une condition pour pouvoir agir durablement. Un activiste brûlé ne change rien. Un entrepreneur vidé ne crée rien de régénératif.

Pour ceux qui hésitent entre développement personnel et engagement collectif, cette articulation ouvre une voie. Les deux ne s’excluent pas. Ils se nourrissent mutuellement. Et dans certains cas, comme celui de Leonardo, ils peuvent devenir le fondement même d’une activité professionnelle.

 

Ce que ce parcours enseigne

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Crédit photo : inspire-potential.com

Plusieurs lignes de force émergent de cette trajectoire pour quiconque envisage un changement de voie.

La première concerne la valeur des signaux intérieurs. La fatigue chronique, le stress persistant, ce sentiment diffus de passer à côté de quelque chose : ces signaux ne sont pas des faiblesses à surmonter. Ils sont des informations précieuses sur un désalignement. Les ignorer ne fait qu’aggraver la situation.

La deuxième concerne l’importance de l’action immédiate quand une opportunité se présente. Les conditions parfaites n’existent pas. Ce qui existe, ce sont des fenêtres qui s’ouvrent et qu’on saisit ou qu’on laisse passer. Attendre d’être prêt, c’est souvent ne jamais commencer.

La troisième concerne la possibilité de construire progressivement. La double activité pendant plusieurs années, les premiers ateliers gratuits pour apprendre, la création de contenu régulière qui construit une audience dans la durée : autant de stratégies qui réduisent le risque sans éteindre l’élan.

La quatrième concerne la légitimité par le parcours. Dans les domaines de transformation personnelle, ce qui crédibilise n’est pas le diplôme mais le chemin parcouru. Avoir traversé ce que traversent ceux qu’on accompagne vaut tous les certificats.

 

Pour aller plus loin :

Ce qui frappe dans ce parcours, au-delà des réalisations, c’est la cohérence entre ce qui est enseigné et ce qui est vécu. Leonardo ne théorise pas sur la nature depuis un bureau. Il habite dans les montagnes. Il ne parle pas de gestion du stress comme un concept abstrait. Il a traversé des années d’épuisement avant de trouver sa voie.

Cette incarnation constitue peut-être l’enseignement le plus profond. Dans un monde saturé de conseils et de méthodes, ce qui fait la différence, c’est l’authenticité de celui qui transmet. Les gens perçoivent immédiatement si quelqu’un parle depuis une expérience vécue ou depuis des concepts appris.

Le projet le plus solide n’est pas celui qui répond au marché le plus porteur. C’est celui qui correspond le plus profondément à ce que l’on est. Cette adéquation entre l’être et le faire génère l’énergie pour persévérer, la crédibilité pour convaincre, et la satisfaction de construire quelque chose qui a du sens.

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